Et c’est parti, finalement mon étudiant est arrivé vers 13h, les manips du jour peuvent donc commencer. Rien de bien excitant au programme pour l’instant, juste un test d’expression à vérifier. Donc centrifugation, sonication et gel de protéines.

Premier point le labo. Pour l’instant je ne connais encore presque rien, donc je dois demander en permanence où se trouve telle et telle chose et après où jeter telle et telle chose (avec 10 sortes de déchets différents c’est un vrai bonheur), le tout avec des explications dans un anglais très approximatif. Le labo est relativement mal rangé, voir très bordélique pour des japonais à mon goût, mais c’est probablement dû à la surpopulation du labo. 25 personnes pour a peu près le même espace de travail qu’au 443-447. Du coup, chacun a au maximum un tiers de paillasse et les undergraduate n’ont pas de bureau. Comme en plus les tampons ne sont pas communs, ça ne facilite pas le rangement. Il a de bonnes choses (mélange pour LB tout prêt qu’on met directement dans la bouteille avec l’eau et hop direct à l’autoclave sans demander à personne si il a quelque chose à stériliser) et de moins bonnes (retour au remplissage des boites de cônes à la mimine, balances de pesée dans un état de saleté déplorable, labo réparti sur 3 pièces sans logique apparente qui oblige à faire des kms ne serait-ce que pour préparer un tampon, passage dans le labo bloqué dés que quelqu’un ouvre un frigo…). L’adaptation sera progressive.

Deuxième point, les personnes au labo. En fait je ne suis pas avec les étudiants mais dans le bureau des post-doc et statutaires (enfin y en a qu’un seul), qui ont eux le droit à une pièce séparée des labo avec chacun son propre bureau et généralement un ordi avec un énorme écran (cristallographie oblige j’imagine). Comme c’est le bureau des sous-chefs, les étudiants n’y rentrent que très rarement et sur la pointe des pieds pour demander conseils et évaluations des résultats de leurs manips. L’ambiance dans le bureau est plutôt studieuse et à peine dérangée par le bruit de l’eau qui bout à intervalle régulier pour que les uns ou les autres se fassent un thé. Les bureaux minuscules des étudiants sont dans les labos même. D’après ce que j’ai pu voir la hiérarchie est la règle de fonctionnement: les M2 apprennent aux M1 qui apprennent aux B4. Pour l’instant je n’ai de contact qu’avec un seul étudiant celui qui a été désigné d’office pour me montrer les manips. Les autres m’esquivent le plus possible pour l’instant.

Au niveau relationnel la première semaine n’a pas été une franche réussi. Personne qui ne m’adresse la parole de la journée. A l’heure des repas chacun part manger quand il a envie soit à la cantine, soit va se chercher une lunchbox, bref chacun pour sa pomme, et vu l’atmosphère tendue dans la pièce aucune chance qu’un étudiant vienne m’inviter à manger avec lui… Et puis lundi, je demande si quelqu’un a l’intention d’aller manger à la cantine à midi (en japonais en plus, la classe ! bon pas aussi bien dit que ça mais ils ont compris) et miracle une réponse positive. Depuis il m’accompagne pour chaque repas, j’en reviens encore pas. Et même aujourd’hui un deuxième est venu, c’est la révolution.

Reste les horaires de travail. Une chose est sure, ils sont pas du matin. L’effectif avant 1Oh est de 4-5 personnes (1 le lundi), mais augmente progressivement jusqu’à 13h. Après le soir, je ne sais pas exactement. Je quitte le labo vers 22h (pour l’instant, je sais pas si je tiendrais le rythme 12h/jour 6j/7 tout le temps) et plus de la moitié des étudiants et la majorité des doc sont encore là. Le weekend le labo n’est pas en accès libre il faut un petit code de sécurité. De ce que j’ai pu voir, il n’y a pas grand monde qui vient le samedi, surtout le matin, et ceux qui viennent sont à peu près les mêmes que ceux qui font le plus d’heures de présence.

Pour l’instant je suis logé à une heure de trajet du labo dans un dortoir pour chercheurs étrangers. C’est un studio assez petit (18 m²) avec cuisinière à gaz, rangements, armoire, étagère, bureau, télé, lit, moquette (beigasse), salle de bain et climatiseur le tout pour un peu moins de 400 euros par mois. C’est pas le rêve, mais c’est pratique pour commencer. Petites choses pratiques inclues: réception de colis, changement des draps chaque semaine, machine à laver et seiche linge commun (bon le sèche linge fonctionne à froid, efficacité zéro le weekend dernier) et aussi produits d’entretien gratuit. Ce sont de vrais malades de l’entretien. Ils fournissent une notice complète sur comment nettoyer de fond en comble son appartement (de préférence chaque semaine) et aussi très important de lutter contre l’humidité. Et oui, il semblerait que l’humidité soit le fléau numéro un de la ménagère au Japon: de 50% d’humidité en hiver à 75% en été. Ça oblige a utiliser le climatiseur pour assécher l’air, à ventiler la salle de bain longtemps après la douche avec la lumière allumée (ça réduit le développement des champignons parait-il) et à surveiller attentivement toute apparition de moisissures. C’est aussi gênant pour le linge, faire sécher les serviettes et d’autres bonnes surprises que je découvrirais bien assez tôt. Autre point, comme le Japon est un pays où il ne fait pas très froid en hiver (sauf cette année, dommage pour moi) le chauffage central n’existe pas. Il faut donc se chauffer avec le climatiseur. Dans un rayon de 3 mètres autour du climatiseur, pas de problème, dans la salle de bain, même porte ouverte, il fait désespérément 13°, autant dire que la douche est rapide. Reste la télé pour se distraire, les 6 chaînes nationales nippones avec leur émissions de variété hautes en couleur, CNN et BBC. Autant dire que je sais tout de la campagne présidentielle américaine (vivement le ‘Super Tuesday‘) et des déboires de la Société Générale (au moins on parle de la France à l’international).

Pour l’instant donc pas trop de loisirs, mais ça viendra (quand j’aurais mon premier salaire aussi, ça aidera, en attendant je compte les euros que j’ai amené pour survivre). J’ai rencontré 3 autres compatriotes sur le même étage que moi (bon y a deux suisses sur les trois, mais à 10 000 km de la France on va pas faire le difficile) et je pense qu’ils vont me faire découvrir les plaisirs de la vie au Japon dans les prochains temps.

Bon c’est pas tout ça, mais l’heure du dîner approche et j’ai encore un gel à révéler (ici ils ne jettent pas le destain, ils mettent du papier absorbant dedans et ils le réutilisent, because pas le droit de jeter l’acide acétique à l’évier).

A la prochaine.