Jishin

Ce matin, pour une fois que le chien de la propriétaire n’aboyais pas, j’espérais profiter du temps alloué pour faire la grasse matinée. Quand le sol s’est mis à bouger et la lampe à osciller légèrement je me suis donc à peine retourné dans mon lit.

Mais quand un peu plus tard je me suis décidé à entamer ma journée et que j’ai allumé la télé, j’ai découvert que le maigre force 3 que j’avais ressenti une petite heure auparavant était en fait un séisme de magnitude 7.0 qui a frappé le nord de la péninsule. L’échelle de Richter n’est pas très parlante et les japonais utilisent une autre échelle basée sur les effets ressentis allant de 1 à 7 avec subdivision en -/+ pour les niveaux 5 et 6. Ce matin c’est donc un séisme ressenti jusqu’au niveau 6+, l’avant dernier niveau de l’échelle, qui a été ressenti dans la région de Sendai, autant dire du gros.

Couverture permanente à la télévision permettant de se rendre compte au fur et à mesure de l’étendue des dégâts dans cette région forestière très vallonnée. Beaucoup de glissement de terrains, des pans de montagnes effondrés spectacle d’autant plus saisissant quand on voit le mince ruban de bitume d’une route sillonnant à travers la foret coupé net et laissant place à un précipice comme si la terre avait été tranché par un sabre géant.

La région étant heureusement faiblement peuplée, le bilan humain est relativement faible avec moins de 5 victimes, une dizaines de disparus et une centaine de blessés. Imaginer les conséquences d’un tel séisme dans une zone fortement peuplée comme Tokyo fait froid dans le dos et fait ressurgir les images de dévastation des séismes chinois.

CoolBiz

Le week-end dernier c’était journée spéciale écologie/sauvons la planète.

Tout au long de la journée nombre d’animations visant à sensibiliser le public à la préservation de l’environnement et surtout aux économies d’énergies étaient relayées sur les chaînes de télévision nationales. Événement principal, la production de l’électricité nécessaire pour un concert en plein air le soir même, et ce avec des vélos d’appartement chevauchés par des bénévoles et surtout des vedettes du petit écran dont l’ami ex-catcher HG (pour ceux qui connaissent).

En dehors de cet événement exceptionnel, les mesures d’économies d’énergies pour le grand public visent principalement la climatisation. Depuis plusieurs années les consignes nationales recommandent une température intérieure de 28°C en été et 22°C en hiver. Même si la consigne est loin d’être suivie à la lettre (la clim est réglée sur 25°C pour toute l’année au labo…) des efforts ont été faits et on a maintenant un peu moins l’impression d’entrer dans un frigo quand on se réfugie dans un supermarché en été.

Néanmoins, de mon point de vue, un certains d’efforts restent à faire ici, en matière de d’économie d’énergie et de gaspillage. Quelques exemples:
– l’eau, les japonais aiment nettoyer à outrance et je n’ose pas imaginer leur consommation d’eau quotidienne, même s’il est vrai que la sécheresse est un concept qui n’existe pas ici,
– les sacs plastiques, ici pas encore de restrictions au supermarché, et ajouté au fait que les japonais aiment bien emballer chaque chose séparément, on rentre chez soi avec assez de sacs pour les 10 catégories de déchets à trier. Pire encore, par temps de pluie chaque magasin distribue des sacs plastiques à enfiler sur le dit parapluie pour éviter que celui-ci goutte négligemment sur le sol. Bien sûr quand on ressort une poubelle est là pour y jeter le sac que l’on vient d’utiliser 10 minutes. Je vous laisse imaginer le nombre de sacs utilisés quotidiennement…
– et mon préféré, les voitures, ou plus précisément les voitures qui laissent systématiquement leur moteur tourner en stationnement. Comportement pratiqué de manière quasi-systématique par les taxis en attente de clients, en trains de faire la sieste, de fumer une cigarette ou de discuter avec le taxi voisin.

Carton rouge.

Love Psychedelico

C’est le nom du groupe que je suis allé voir en concert ce Lundi soir.

Et oui, un concert en semaine, on ne choisit pas les dates, mais de toute façon si je vais au labo le weekend, il n’y pas de raison pour que je ne puisse pas aller à un concert un soir de semaine. pire encore, j’ai quitté le labo à 18h30, quasiment en milieu de journée. Les cieux ont manifesté leur mécontentement par le truchement d’un orage dantesque qui s’est abattu sur la ville. J’ai quand même réussi à atteindre la salle de concert.

Cette fois l’ambiance est encore différente de celle des précédents concerts auxquels je me suis rendu. Pas de stade immense, ni de salle de concert, juste un hangar bétonné, noir, surpeuplé et enfumé qui rappelle furieusement la Laiterie de Strasbourg pour ceux qui connaissent. Ambiance détendu et familiale, tout le monde est debout, son verre à la main, et discute avec ses voisins. il faut dire que le groupe de ce soir n’est pas très connu, plutôt Indies, tendance Rock-Folk. Pas queue à la boutique des goodies et seulement un petit millier de spectateurs.

Après un léger retard (unité de mesure européenne) le rideau se lève enfin et découvre le groupe musiciens masculins et chanteuse. Premier constat, le style vestimentaire très 80’s mais qui manque cruellement de personnalité, passons. Second constat, la voix de madame (ou mademoiselle, je ne sais, je ne suis pas au point sur la bibliographie) n’a pas la même puissance et la même amplitude que sur les albums. Bien sûr le ton est juste, mais plus haut qu’à l’accoutumée. J’oubliais de préciser que madame a la particularité de chanter en anglais, avec un vrai accent anglais, pas jap-glish torturé, ce qui n’a pour seul inconvénient que de mettre en exergue la profondeur insondable des paroles. La manie aussi des musiciens de changer de guitare entre chaque morceau m’a fait sourire, encore plus pour la chanteuse qui grattait mollement son instrument probablement muet la main gauche fixée un même accord. Ces petites imperfections étant dites, le spectacle était à la hauteur de mes attentes. La plupart des chansons phares du groupe on été joué, le son était comme toujours ici impeccablement équilibré (messieurs les techniciens français, venez faire un stage au japon, vous apprendrez que le volume ne remplace pas la qualité sonore) et les jeux de lumières bien rythmés (stroboscope excepté, épileptiques s’abstenir).

Presque deux heures de spectacle, de quoi rentrer chez soi avec de la musique plein la tête.

Utopia

Ce samedi, même musée, mais nouvelle exposition.

A l’opposée de Modigliani la semaine dernière, je suis cette fois allé voir une exposition dédiée à l’œuvre de Emily Kame Kngwarreye. Je dis opposé parce que cette native aborigène australienne a vécu toute sa vie (ou presque) au sein de sa communauté, retirée dans le désert et qu’elle n’a commencé sa carrière de peintre qu’à l’âge de 80 ans. Jusqu’alors elle participait à la vie de sa communauté en confectionnant notamment nombres de batiks. Mais elle s’est progressivement tournée vers la peinture et a fait évoluer les techniques et le style pictural aborigène vers une forme d’art abstrait.

Au cours des 10 dernières années de sa vie elle a réalisé plus de 3000 tableaux, toujours peints au sol (donc dépourvus de sens de lecture) et pouvant mesurer jusqu’à 3 mètres sur 18. D’abord focalisée sur une représentation pointilliste, elle a fait évoluer sa technique au cours des années pour passer par les lignes et les grandes plages de couleurs. Son seul et unique sujet d’inspiration est toujours la nature, le désert australien et passage des saisons.

A travers les tableaux exposés, la grande variété de formes et de couleurs employées, j’ai été impressionné par la formidable énergie de cette femme octogénaire dont l’imagination semble être sans limites.

Cette fois encore nombre de panneaux explicatifs en anglais m’ont permis de profiter pleinement de cette exposition, même si certaines interprétations des tableaux me laissent toujours aussi perplexe. Est ce moi qui manque d’ouverture d’esprit ou de fibre artistique. Ça me rappelle ces cours de français de lycée où le professeur vous explique au travers d’une longue litanie tout ce que le poète a sous-entendu et suggéré au travers de son texte. Je me suis toujours demandé si le poète avait passé autant de temps à composer ses vers que nous en mettions à les déchiffrer.

Night and Day

Petit message en cours de semaine pour changer, juste pour vous montrer en deux images à quoi ressemble mon appartement en configuration jour et nuit.

Le jour, humidité oblige, le futon sèche laissant un maximum de place, d’autant plus qu’il n’y a presque aucun meuble. La nuit, futon par terre, à même le parquet. Ça a l’air rude comme ça mais c’est très confortable. Il faut dire que j’ai pas pris l’entrée de gamme non plus.

Le gros carton au fond, j’ai enfin réussi à m’en débarrasser. Dans ce pays chaque type de déchet est collecté une seule fois par semaine, il faut donc stocker cher soi en attendant la bonne date et surtout pas l’oublier sinon on est bon pour attendre une semaine supplémentaire. Déjà que les appartements sont pas grands, si il faut en plus ménager un espace pour le stockage des 6 types de déchets existants…

Manque aussi un rideau pour la meurtrière, qui mine de rien laisse entrer énormément de lumière dans ce coin du globe ou le soleil se lève avant 6h. La grasse matinée le weekend ne va pas être facile.

Reprise des hostilités

Enfin, reprise du travail au labo.

Et oui, fin des installations, on peut commencer à se remettre au travail, progressivement. Je dis progressivement parce que je n’ai pas vu beaucoup d’étudiants et thésards au travail cette semaine. Je ne sais pas si c’est juste le temps que les choses se mettent en place au labo ou si c’était déjà comme ça avant au labo et que je ne m’en rendais pas compte parce que j’avais mon bureau dans une autre pièce, mais ça ne bosse pas si dur que ça. En fait, on peut séparer les étudiants en deux groupes disproportionnés, les bosseurs qui sont là dès 9h30 et qui restent jusqu’à 9h le soir au moins, et les autres qui arrivent plutôt en fin de matinée, préparent doucement des solutions ou une manips, discutent allégrement et lèvent le camp vers 20h. J’attends de voir si les choses vont évoluer avant de donner un avis définitif.

A part ça, j’ai enfin intégré mon nouvel appartement, testé mon nouveau lit, ou plutôt mon futon. Super qualité, super confort, ça m’a coûté cher mais c’est top. Encore quelques petites bricoles à mettre en place, dont une conséquente, internet. Déjà deux semaine depuis le premier courrier et toujours pas de connexion. Comme j’ai choisi un forfait « petit joueur » sans abonnement téléphonique, la société qui gère le réseau, NTT l’équivalente de France Télécom, joue de son monopole et traîne les pieds pour ouvrir la ligne. Résultat 3 semaines d’attente pour avoir un rendez-vous avec un technicien qui doit passer ouvrir la ligne (ma main à couper que ça va prendre environ 30 secondes, mais bon, restons calme).

Conséquence immédiate pas de réseau le soir ou le weekend à moins de venir au laboratoire comme c’est le cas aujourd’hui. En attendant je regarde des films stockés sur mon ordinateur, surtout des films français en ce moment d’ailleurs avec certains dialogues d’anthologie :

– Ça sera surtout l’occasion de rencontrer le gratin cairote.
– Et non pas le gratin de pommes de terre!

Désolé…

Primitivisme

Le tour des musées continue, comme chaque weekend.

Cette fois, exposition dédiée à Modigliani et son fameux « primitivisme« . L’exposition est hébergée par le prestigieux et très design Tokyo National Art Center. Promis une prochaine fois sans pluie je prendrais des photos. L’exposition retraçait donc le parcours artistique du célèbre peintre (et sculpteur à ses débuts) depuis ses débuts hésitants jusqu’à la mise en place de son style unique, malheureusement interrompu par sa mort prématurée. Pour une fois, et c’est assez rare pour être soulignés, les panneaux explicatifs étaient aussi traduits en français, ce qui m’a permis de comprendre un peu mieux le cheminement artistique, ses influences, etc… Au final beaucoup d’œuvres exposées, mais pas toutes du plus haut intérêt, mais très bien organisées. Quand aux œuvres elles-mêmes, je dirais que je n’ai pas été très sensible à ce choix artistique influencé par les arts primitifs.

J’ai quand même pris un T-shirt a l’effigie de l’exposition arborant un croquis de cariatide et la phrase clé de l’artiste « Ce que je cherche, ce n’est pas le réel, par l’irréel non plus mais l’Inconscient, le mystère de l’instinctivité de la race ».

Roses

Ce samedi, temps de … , idéal pour aller au musée. En plus je n’ai toujours pas de connexion internet, le déménagement ça sera plutôt pour le weekend prochain.

Je suis donc aller voir une exposition d’un artiste français, encore, Pierre-Joseph Redouté, « le Michelange des fleurs« . L’exposition présentait l’ensemble des 169 tableaux de roses qu’il a peint entre 1817 et 1924. L’exposition s’intitulait l’espace rose et portait bien son nom. Outre les tableaux, ou plutôt les planches des multiples espèces de roses, on avait droit à des murs roses, des rideaux translucides roses, des sièges en satin roses et des diffuseurs de fragrance de roses. J’aime bien le rose, mais là ça frôlait l’overdose. Comme toujours les japonais regardent les tableaux à la queue-le-le ce qui ne laisse que deux options : suivre la file qui avance au rythme lancinant d’un mètre par minute ou butiner d’un tableau à l’autre en bousculant délicatement les bourgeoises pomponnées en causette devant tel ou tel tableau.

Comme je l’ai dit avant les dits tableaux étaient plus proches des planches détaillées de botanique que des tableaux d’art, laissant peu de place à l’imagination, conséquence aussi de l’emploi de la technique de gravure sur cuivre . Par contre, plus évocateurs pour moi, les quelques planches de roses d’Alfred Parsons avec une utilisation des couleurs très saisissante.

Derniers préparatifs

Ça y est à partir de Lundi on travaille dans le nouveau labo.

Enfin, on travaille… c’est vite dit, on installe le labo plutôt, les manips c’est pas pour tout de suite. Je me suis d’ailleurs porté volontaire hier pour aider à mettre dans le frigo les échantillons précieux, histoire d’avoir un peu aidé cette semaine quand même.

Après ça, petit tour dans le nouvel appartement pour transporter encore quelques affaire, voir si la ‘jap‘box pour internet est arrivée (non, dommage) et surtout pour me rendre compte que je n’ai pas de frigo… c’est fâcheux ça. Bon, donc aujourd’hui, achat d’un frigo au programme et quelques autres bricoles. Il y a encore 10 ans j’aurais dû aller à Akihabara, le grand quartier de l’électronique, pour trouver un frigo à des prix intéressants, mais maintenant la plupart des grandes chaînes ont ouvert des succursales dans tous les grands quartier de la ville. Je suis donc allé voir su côté de Shibuya, le quartier fashion, pour trouver mon bonheur. Le choix étant assez limité étant donné la gamme de prix que je m’étais fixé, la différence s’est jouée entre les enseignes sur les services,notamment la livraison gratuite. Et puis pour faire un peu original dans ce pays de pré-formatés j’ai pris mon frigo en jaune-orange. Ça va flasher !

Pas de musée cette semaine, désolé.

Temps perdu

Cette semaine, rien à faire, enfin pour moi en tout cas.

C’est le grand déménagement de labo, tout le monde fait des cartons, moi j’ai fini mon seul et unique carton fin de semaine dernière, et comme mes petits camarades doivent penser qu’il sera plus long de m’expliquer comment les aider et de répondre à mes questions que de faire les choses eux-mêmes, je me suis retrouver les bras ballant pour le restant de la semaine.

Ça m’a permis entre autres de suivre avec attention les actualités du tremblement de terre meurtrier en Chine, autre chose que le petit pet de lapin dont je me plaignait la semaine dernière. Voir toutes ces images de villes quasiment rasées fait assez froid dans le dos.

Finalement jeudi on nous a donné quartier libre, tous les cartons étaient faits et l’entreprise de déménagement de devait venir que vendredi. J’en ai donc profiter pour m’occuper des démarches administratives relatives à mon déménagement auprès de la mairie. Guide en 4 langues de la vie de l’arrondissement, manuel de survie en anglais et en couleur, carte de région en A0, je sais pourquoi je paye si cher mon loyer, je ne suis plus chez les pauvres.

Et puis l’après midi petite promenade tranquille à l’étang près de chez moi. Moins de monde et surtout moins d’enfants que le weekend, mais beaucoup plus de retraités, venus pour photographier et nourrir les oiseaux, mais surtout se retrouver pour discuter et passer un moment ensemble. Venu avec mon appareil photo, j’ai eu le droit à un accueil plus que chaleureux, cours de photo animalière, recommandations sur le choix du matériel, plus quelques blagues en supplément.

Au moins j’aurais fait un truc intéressant cette semaine.